Biographie
Antoine Simon Maillard (v. 1710-1762) fut un prêtre français, missionnaire chez les Micmacs, peuple algonquien de l'actuelle Nouvelle-Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard et des rives du golfe du Saint-Laurent. Il vécut parmi eux pendant les vingt-sept dernières années de la présence française en Acadie et apprit leur langue mieux qu'aucun Européen avant lui. La longue lettre qu'il consacra à ces missions est l'une des rares descriptions détaillées du monde micmac écrite par un homme qui y avait passé sa vie entière.
Né vers 1710 dans le diocèse de Chartres, il apparaît dans les documents sous plusieurs prénoms, si bien que le Dictionnaire biographique du Canada le classe sous celui de Pierre. Il se forme au séminaire du Saint-Esprit, à Paris, maison consacrée à la formation de prêtres pour les colonies. En 1734, il est prêté au séminaire des Missions étrangères, alors à court de candidats, puis désigné au printemps de 1735 pour les missions micmaques de l'île Royale, aujourd'hui l'île du Cap-Breton. Il débarque à Louisbourg le 13 août 1735.
Doué pour les langues, il maîtrise le micmac en quelques mois et met au point un système de signes, dit d'hiéroglyphes, permettant de transcrire prières et catéchisme dans des cahiers que les fidèles apprennent par cœur. Le procédé n'est pas entièrement neuf, le récollet Chrestien Le Clercq ayant décrit dès 1691 une méthode analogue en Gaspésie, elle-même inspirée d'un usage micmac de messages dessinés ; Maillard, qui l'ignorait peut-être, l'a systématisé et enrichi. Nommé grand vicaire de l'évêque de Québec pour l'île Royale en 1740, il parcourt chaque année les établissements de la région avant de fixer sa mission, après 1754, sur l'île de la Sainte-Famille, aujourd'hui Chapel Island.
Sa vie se confond ensuite avec les guerres coloniales. Présent au siège d'Annapolis Royal en 1744, fait prisonnier à la fin de 1745 et renvoyé en France par Boston, il revient en Acadie en 1746 avec la flotte du duc d'Anville. Après la fondation de Halifax en 1749 et la déclaration de guerre des Micmacs aux Anglais, il sert d'intermédiaire entre Louisbourg et les chefs de bandes. La chute de Louisbourg en 1758 le jette sur les routes avec les Acadiens réfugiés à Miramichi, puis à Malagomich. En 1759 il accepte des conditions de paix britanniques, ce que le gouverneur Vaudreuil qualifie de trahison, et s'installe vers l'automne de 1760 à Halifax comme agent du gouvernement auprès des Indiens, avec un oratoire où il célèbre le culte catholique. Il y meurt le 12 août 1762, honoré de funérailles officielles.
C'est vraisemblablement dans les années 1750, depuis sa mission, qu'il rédige la lettre adressée à un directeur du séminaire des Missions étrangères. Elle décrit les mœurs, les cérémonies et l'éloquence des Micmacs, donne des exemples de sermons, s'attarde sur les ravages de l'eau-de-vie et sur le traitement des prisonniers, et propose une interprétation du meurtre de l'officier anglais Edward How. Le texte s'interrompt sans conclusion.
Il paraît seulement en 1863, à Québec, dans le troisième volume des Soirées canadiennes, sous le titre Lettre de M. l'abbé Maillard sur les missions de l'Acadie et particulièrement sur les missions micmaques. Sa grammaire micmaque est publiée à New York en 1864 par Joseph-Marie Bellenger. Les historiens de l'Acadie et les linguistes s'appuient toujours sur ces travaux, et l'écriture par signes qu'il a fixée est demeurée en usage chez les Mi'kmaq bien après sa mort.
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