Biographie
Nasir Khusraw (1004-v. 1088) est un poète, philosophe et missionnaire persan, auteur du Safarnama, le récit du voyage de sept ans qu'il accomplit entre 1046 et 1052, d'Asie centrale à La Mecque et au Caire. Haut fonctionnaire des finances devenu prédicateur ismaélien, il termina sa vie en exil dans les montagnes du Badakhchan. Son livre est le plus ancien grand récit de voyage en prose persane et l'un des rares témoignages directs sur les villes de l'islam au XIe siècle.
Il naquit en 1004 à Qobadian, dans la région de Balkh, aux confins du Khorassan (aujourd'hui au sud du Tadjikistan), alors sous domination ghaznévide. Sa famille comptait des fonctionnaires et des propriétaires terriens, et il reçut une éducation soignée: arabe, mathématiques, astronomie, philosophie. Il commença comme secrétaire, puis servit comme administrateur des finances à Marv, et conserva sa charge après la conquête du Khorassan par les Seldjoukides en 1040. Vers l'âge de quarante ans, il traversa une crise dont il dit lui-même qu'elle prit la forme d'un songe. Il quitta alors son emploi et se convertit à l'ismaélisme, la branche du chiisme dont les Fatimides du Caire étaient les souverains.
Il partit de Marv en décembre 1045; le voyage proprement dit commence le 6 mars 1046, en compagnie de son frère Abou Saïd et d'un serviteur indien. L'itinéraire traverse le nord et l'ouest de l'Iran, l'Arménie et l'Asie Mineure, descend vers la Syrie et la Palestine, puis gagne l'Arabie, où il accomplit le pèlerinage à plusieurs reprises. En août 1047 il arrive au Caire, capitale du califat fatimide, où il réside près de trois ans et reçoit l'enseignement du grand missionnaire al-Muayyad fi'l-Din al-Chirazi. Il rentre par la mer Rouge, l'Arabie, Bassora et l'Iran, et retrouve Balkh en octobre 1052.
Le Safarnama est écrit dans une prose sobre, presque administrative. L'auteur donne les distances en farsakhs, évalue la taille des villes et le nombre de leurs habitants, décrit les marchés, les caravansérails, les mosquées, les bains, les aqueducs, le prix des denrées, les techniques de construction. On lui doit une description précise de Jérusalem et du Dôme du Rocher, des pages sur Tripoli, sur Lahsa en Arabie orientale, sur Assouan, et surtout le tableau d'un Caire prospère sous le calife al-Mustansir, avec ses marchés, sa sécurité et son administration. Il parle peu de lui-même et presque pas de sa conversion, silence qui a longtemps intrigué les lecteurs.
De retour au Khorassan, élevé au rang de hujjat, c'est-à-dire de preuve ou de représentant de l'imam pour cette province, il prêcha l'ismaélisme et se heurta à une hostilité qui le contraignit à fuir. Vers 1060 il trouva refuge à Yumgan, dans les montagnes du Badakhchan, aujourd'hui en Afghanistan, où il passa ses dernières décennies et mourut entre 1072 et 1088. Il y composa son Divan et ses grands traités, le Jami al-hikmatayn, le Wajh-i din, le Zad al-musafirin, tous en persan, ce qui était rare dans une littérature ismaélienne alors surtout arabe. Les ismaéliens du Badakhchan afghan et tadjik et du nord du Pakistan le tiennent pour leur fondateur. Le Safarnama a été édité et traduit en français par Charles Schefer en 1881, puis en anglais par Wheeler Thackston en 1986; il sert aujourd'hui de source de premier plan pour l'histoire urbaine et économique du Proche-Orient et de l'Égypte d'avant les croisades.
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