Biographie
Johannes Schiltberger (1381-v. 1440) est un Bavarois qui passa plus de trente ans en captivité en Orient, esclave militaire des Ottomans, puis des Timourides, puis des princes de la Horde d'or. Rentré chez lui en 1427, il mit par écrit ce qu'il avait vu dans un Reisebuch, ou livre de voyage, premier témoignage allemand de première main sur l'Anatolie, le Caucase et les steppes d'Asie centrale. Le livre vaut moins par sa forme, rude et décousue, que par ce qu'il rapporte de régions dont l'Europe latine ne savait presque rien.
Il était issu d'une famille noble de Bavière et naquit probablement à Hollern, entre Munich et Freising. En 1394 il entra dans la suite du chevalier Leonhard Reichartinger et partit combattre les Ottomans sur la frontière hongroise, dans l'armée de Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie et futur empereur. À la bataille de Nicopolis, sur le Danube, en septembre 1396, l'armée croisée fut écrasée. Blessé et fait prisonnier, Schiltberger échappa au massacre des captifs en raison de son âge: il avait quinze ou seize ans. Le sultan Bayezid Ier le prit à son service comme coureur.
Il resta auprès du sultan de 1396 à 1402 et l'accompagna en Asie Mineure et jusqu'en Égypte. Après la défaite ottomane d'Ankara, le 20 juillet 1402, il passa aux mains du vainqueur, Timour, dit Tamerlan, et le suivit à Samarcande, en Arménie et en Géorgie. À la mort de Timour, en février 1405, il servit successivement ses fils Chah Rokh et Miran Chah, puis Abou Bakr, fils de ce dernier. Il accompagna ensuite le prince tatar Tchekre, prétendant au trône de la Horde d'or, vers la Sibérie et la moyenne Volga, puis vers Sarai et Azov. Après la chute de son maître il erra en Crimée, en Circassie et en Mingrélie, s'évada des environs de Batoumi, se cacha à Constantinople et regagna la Bavière en 1427 par Kilia, Akkerman, Lviv, Cracovie et Meissen. Il devint ensuite chambellan du duc Albert III de Bavière. On ignore la date de sa mort, que l'on situe vers 1440.
Le Reisebuch mêle trois matières: le récit de ses propres tribulations, une chronique de l'histoire orientale de son temps et une géographie régionale organisée en cercles concentriques, des pays du Danube aux confins de l'Inde. On y remarque les pages sur Brousse, sur les régions du Caucase et d'Arménie, sur la Crimée et la colonie génoise de Caffa où il séjourna cinq mois, sur l'Égypte et l'Arabie. C'est la première mention claire de la Sibérie dans une langue d'Europe occidentale, et l'une des premières descriptions européennes du cheval sauvage des steppes. Schiltberger indique correctement que Mahomet est enterré à Médine, ce que peu d'auteurs latins savaient alors, et contribue à fixer le royaume du prêtre Jean en Abyssinie. Ses chiffres et ses chronologies sont en revanche souvent fautifs, et son récit sur Timour tient parfois de la légende.
Quatre manuscrits du XVe siècle en subsistent, à Donaueschingen, Heidelberg, Nuremberg et Saint-Gall. Le texte fut imprimé pour la première fois à Augsbourg, vers 1476, chez Anton Sorg, avec des gravures sur bois; c'est l'un des tout premiers récits de voyage imprimés. Les éditions savantes du XIXe siècle sont celles de Neumann (Munich, 1859), Bruun (Odessa, 1866) et Langmantel (Tübingue, 1885); la traduction anglaise de John Buchan Telfer parut à Londres en 1879 pour la Hakluyt Society. Les historiens s'en servent aujourd'hui pour étudier l'esclavage militaire ottoman, la fin de la Horde d'or et la représentation de l'Orient dans l'Allemagne de la fin du Moyen Âge.
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