Biographie
Hendrik Hamel (1630-1692) était comptable de bord au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales lorsque son navire fit naufrage sur les côtes de la Corée en 1653. Retenu treize ans dans le royaume de Joseon, il en rapporta le premier témoignage direct d'un Européen ayant vécu à l'intérieur du pays. Son Journael est resté jusqu'au dix-neuvième siècle la principale source occidentale sur la Corée.
Né à Gorinchem, en Hollande méridionale, il partit en 1650 pour Batavia, siège asiatique de la Compagnie, où il fut employé comme teneur de livres. Cette compagnie, fondée en 1602, détenait le monopole néerlandais du commerce à l'est du cap de Bonne-Espérance et entretenait au Japon un comptoir unique, l'îlot artificiel de Dejima, dans la rade de Nagasaki. C'est vers ce comptoir que faisait route le Sperwer quand il se brisa le 16 août 1653 sur la côte de Quelpaert, l'actuelle île de Jeju. Trente-six hommes survécurent sur soixante-quatre.
Le royaume de Joseon interdisait à tout étranger d'en sortir. Les naufragés furent d'abord interrogés avec l'aide de Jan Janse Weltevree, Néerlandais échoué vingt-sept ans plus tôt et devenu sujet du roi, puis conduits en 1655 à Séoul et présentés au roi Hyojong, qui refusa de les libérer et les incorpora à sa garde. Compromis en 1656 par la tentative de deux d'entre eux d'alerter une ambassade mandchoue, ils furent relégués en 1657 dans une garnison de la province de Jeolla, au sud-ouest de la péninsule. La famine des années 1659 à 1663 fit répartir les survivants entre trois localités. Le 4 septembre 1666, Hamel et sept compagnons gagnèrent la mer sur une barque de pêche achetée sur place et atteignirent quatre jours plus tard les îles Goto, puis Nagasaki.
Le Journael n'était pas conçu comme un livre. Hamel le rédigea à Dejima entre septembre 1666 et octobre 1667, à l'usage de ses employeurs, pour justifier treize années d'absence et réclamer les gages correspondants. De là vient sa forme double : un journal factuel du naufrage et de la captivité, suivi d'une description méthodique du royaume, de son gouvernement, de sa justice, de ses impôts, de son armée, de ses monastères, de ses rites funéraires, de sa langue et de sa fermeture aux étrangers. Le ton est celui d'un comptable, sans ornement ni prétention littéraire, ce qui fait sa valeur documentaire.
Hamel demeura à Batavia jusqu'en 1670 pour obtenir son arriéré de solde. Ses compagnons, rentrés aux Provinces-Unies dès 1668, confièrent le manuscrit à des libraires : trois éditions parurent la même année à Rotterdam et à Amsterdam, augmentées d'épisodes inventés, dont des crocodiles absents de l'original. Une traduction française suivit en 1670, une allemande en 1672, une anglaise en 1705, chacune ajoutant à l'altération du texte. Il fallut l'édition critique de Bruno Hoetink, publiée en 1920 chez Martinus Nijhoff d'après le manuscrit conservé aux archives d'État de La Haye, pour rétablir un texte fiable, puis les travaux de Gari Ledyard, The Dutch Come to Korea (1971), pour l'éclairer par les sources coréennes.
Rentré à Gorinchem vers 1670, Hamel y vécut sans se marier ; on ignore la date exacte de sa mort, son dernier témoignage connu datant de 1692. Son récit est aujourd'hui lu par les historiens de la Corée du dix-septième siècle autant que par ceux de la Compagnie des Indes, et sa mémoire est entretenue par des musées à Gorinchem, à Jeju, à Gangjin et à Yeosu.
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