En 1673, depuis son cabinet d'Uppsala, le savant alsacien Johannes Scheffer publie en latin un livre qui va ouvrir à l'Europe une fenêtre inédite sur l'un des peuples les plus méconnus du continent : les Sâmes du Grand Nord.
Il n'a jamais vu la Laponie. Il la reconstitue à partir des lettres que lui envoient des pasteurs en poste aux confins glacés de la Suède, qu'il croise avec les auteurs anciens et sa propre érudition. De cette enquête patiente naît la première grande description européenne d'un monde de neige, de rennes et de tentes.
On y suit les origines d'une nation venue du froid, la foi de ses anciens dieux, la croix qui monte vers le Nord, le tambour du chamane qui interroge les esprits, les lois et le tribut, le commerce muet, la langue, les noces, la chasse, le renne qui fait vivre tout un peuple. Au coeur du récit, un homme, Petrus Paejwiae, brûle la pierre sacrée de ses pères : un monde bascule.
Trois siècles et demi plus tard, ce livre demeure la fenêtre la plus précise jamais ouverte sur un peuple longtemps reculé dans le silence du Nord.
Réécriture intégrale en français moderne de la description : "Lapponia, id est, Regionis Lapponum et gentis nova et verissima descriptio" de Johannes Scheffer, 1673, incluant cartes et illustrations.
La *Lapponia* parue à Francfort en 1673 est un in-quarto de quatre cent douze pages, gravé d'une trentaine d'illustrations originales, organisé en trente-cinq chapitres latins notés en chiffres romains, du *Caput I* au *Caput XXXV*. Le présent volume en propose une refonte en dix-huit chapitres modernes. Ce passage de trente-cinq à dix-huit ne se fait pas par suppression mais par regroupement thématique. Certains chapitres très courts de Scheffer ont été fondus avec leurs voisins immédiats lorsque le sujet le commandait, et certains chapitres très longs, comme celui sur le tambour ou celui sur la chasse, ont été conservés tels quels parce qu'ils constituent des unités de pensée qu'il aurait été dommageable de fragmenter. Le titre de chaque chapitre nouveau est de l'éditeur, l'ordre du livre reste celui de Scheffer. La traduction française qu'Augustin Lubin avait donnée en 1678, bien qu'augmentée par Scheffer lui-même, est aujourd'hui un texte du XVIIe siècle français que peu de lecteurs aborderaient sans effort : le présent volume retourne à la source latine de 1673 pour en proposer une langue contemporaine.
Il restait à moderniser. Quelques centaines de pages d'un latin du XVIIe siècle ne se traduisent pas en trois soirées. Pendant longtemps, le coût humain d'une telle entreprise aurait limité ce travail à quelques universitaires patients et à quelques mécénats lointains. L'intelligence artificielle a changé cette équation, et c'est ce qui a rendu ce livre possible.
Diversa Lapponiae nomina apud auctores reperiuntur. Quidam dixerunt Lappiam, ut Johannes Magnus, in praefatione Historiae suae. Et accepit fortassis hoc nomen e Saxone Grammatico, qui scribit lib. V. Provincia Helsingorum, Iarnberorum, Iamtorum, cum utraque Lappia, Dimaro cuidam committitur. Sed alii Lapponiam dixerunt, sicut Olaus Magnus, in explicatione tabulae geographicae, in qua Scandinaviam delineavit, ut etiam Jacobus Zieglerus, qui in opusculo de regionibus septentrionalibus, peculiare ei capur dicavit…
La Laponie ne porte pas le même nom chez tous les auteurs. Certains ont dit "Lappa", dont Johannes Magnus, comme on peut le lire dans la préface de son Histoire : "Puis, en direction du nord-ouest, les deux Lappies se rejoignent."
Johannes Scheffer n'a jamais foulé la Laponie. C'est depuis son cabinet d'Uppsala qu'il en a reconstitué la géographie, à partir des lettres des pasteurs du Nord et des témoignages d'informateurs sâmes. Cette carte d'ensemble situe le pays tel qu'il le décrit dans la Lapponia : une vaste étendue répartie entre la Suède, la Norvège, la Finlande et les confins de la Russie, bornée au nord par la mer Glaciale arctique. Les repères numérotés signalent les lieux clés du récit, d'Uppsala, où s'écrit le livre, jusqu'au Cap Nord et à la péninsule de Kola.