Île Royale, vers 1755. Depuis vingt ans, un prêtre français vit avec les Micmacs, parle leur langue mieux qu'aucun Européen avant lui, et voit venir la fin d'un monde. Avant que tout ne bascule, il écrit.
Ce qu'Antoine Simon Maillard raconte à son supérieur de Paris, personne d'autre ne l'a vu. Le vieux jongleur Arguimant décrivant le feu sacré, les canots de peau et les poissons monstrueux du temps d'avant les navires. L'eau-de-vie venue de France et ce qu'elle fait aux hommes. Les guerriers qui partent défendre Louisbourg pendant que les femmes prennent le deuil devant l'église fermée. Les blessés de Lorembec revenant dans la nuit, et le chef René caché sous la mousse pendant que les Anglais passent. Un officier ennemi qui assiste à la messe, discute de la foi avec le chef de Prière, et ne sait pas qu'on l'a reconnu.
Maillard admire ce peuple et le juge, l'aime et s'en désespère, s'emporte contre lui en pleine assemblée. Il invente pour lui une écriture par signes que les femmes recopient sur l'écorce. Puis, un soir, il pose la plume au milieu d'une phrase et ne la reprend jamais.
Le texte connut un sort singulier. Dès 1758, le public anglophone n'eut accès qu'à une version abrégée publiée à Londres, réduite au quart du texte de Maillard, dans laquelle l'éditeur londonien avait glissé, au milieu même des phrases du missionnaire, des notes hostiles au catholicisme. Le texte français intégral, lui, ne fut publié qu'une seule fois, à Québec en 1863, dans Les Soirées canadiennes, d'après le manuscrit autographe, et il n'a jamais été réédité depuis. La présente édition en propose la première modernisation en français.
Rédigée alors que Louisbourg vit ses dernières années et que la déportation des Acadiens commence, cette lettre est un témoignage de première main recueilli au bord du basculement, à la veille de la dispersion du peuple qu'elle décrit. Maillard, premier Français à avoir maîtrisé la langue micmaque, y met aussi au point un système d'écriture par signes conçu pour ce peuple, que les femmes de la mission recopient et s'enseignent entre elles sur l'écorce.
Réécriture intégrale en français moderne de la lettre : « Lettre sur les missions de l'Acadie et particulièrement sur les missions micmaques » d'Antoine Simon Maillard, 1755, incluant cartes et illustrations.
Lettre de M. l'abbe Maillard sur les missions de l'Acadie et particulierement sur les missions micmaques, ecrite vers 1755, publiee pour la premiere fois en 1863 dans Les Soirees canadiennes (Quebec), volume III, p. 289-426, d'apres le manuscrit autographe.