Vers l'an 860, un navire parti de Norvège pour les Féroé est jeté vers l'ouest, en pleine mer. Au bout de la dérive surgit une terre inconnue, grise et haute, que l'on baptisera Islande. Ainsi commence la plus longue chaîne de découvertes du Moyen Âge, presque toujours à contrecœur, presque toujours par des marins qui cherchaient autre chose.
De l'Islande entrevue par trois vikings déroutés à la terre des vignes qu'atteindra Leif le Chanceux, ce récit suit un siècle et demi de dérives, de terres nommées et de premiers contacts. Il y a Ingólfr qui peuple l'Islande, Erik le Rouge banni qui invente le Groenland et lui donne le plus beau nom trompeur de l'histoire, ses fils qui touchent l'Amérique cinq siècles avant Colomb, et Freydis qui ourdit un massacre sur la neige.
Au cœur de cette épopée d'hommes qui cherchent des terres avance une femme, Gudrid, à qui une devineresse a promis un destin illustre. Elle enterrera des maris, mettra au monde en Amérique le premier enfant européen du continent, puis partira en pèlerine jusqu'à Rome. Là où les marins traversent la mer, elle traverse le temps.
Le voyage suit quatorze étapes, de l'Islande entrevue par Naddoðr vers 860 jusqu'à la tentative de colonisation de Karlsefni au Vinland vers 1010-1013. Entre les deux, Ingólfr fonde Reykjavík, le chroniqueur Ari fixe par écrit la mémoire du peuplement, Erik le Rouge découvre le Groenland après un double bannissement, et ses fils, Bjarni, Leif, Thorvald, atteignent tour à tour Helluland, Markland et le Vinland, ces terres que les sagas nomment par ce qu'elles offrent : les dalles de pierre, la forêt, la vigne. Les Skrælings, peuples autochtones rencontrés sur ces rivages, marquent les récits de leurs premiers échanges pacifiques puis de leurs flèches.
Tissé à partir de la Landnámabók, de l'Íslendingabók du chroniqueur Ari et des deux Sagas du Vinland, ce livre restitue un monde où le hasard des vents décide des découvertes autant que le courage des hommes. Les divergences entre les sources, assumées plutôt que gommées, disent la vérité d'une mémoire qui hésite encore sur la mort de Thorstein ou de Thorvald, et donnent à ce récit sa saveur de témoignage vivant plutôt que de légende lissée.
Première réécriture intégrale moderne pour le lecteur d'aujourd'hui, qui rend lisible ce récit sans rien trahir de l'original. 20 illustrations originales et 9 cartes redessinées donnent à voir l'itinéraire, tandis qu'un appareil de repères (glossaire, chronologie, index des lieux et des personnes, pour aller plus loin, note de l'éditeur, postface) et des morceaux choisis du texte original accompagnent la lecture.