11 juin 1770. Au large de la Nouvelle-Hollande, en pleine nuit, l'Endeavour talonne un récif de corail et s'immobilise, éventré, à des lieues de toute terre. Pour survivre, l'équipage jette ses canons à la mer et double la coque d'une voile pour colmater la brèche.
Ce troisième et dernier tome du journal authentique de Cook conduit le lecteur de cette nuit d'angoisse jusqu'au retour en Angleterre. On carène le navire durant sept semaines sur une rivière inconnue, où Cook décrit un animal sauteur que les Aborigènes nomment kangourou. On remonte ensuite le labyrinthe de la Grande Barrière, on frôle une seconde fois le naufrage avant de fuir par l'étroit chenal de la Providence. À l'île de la Possession, Cook prend possession de toute la côte est sous le nom de Nouvelle-Galles du Sud, puis franchit le détroit qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Nouvelle-Guinée, preuve que les deux terres sont bien distinctes.
Vient alors le plus long des périls. Après une escale à l'île de Savu où Cook marchande buffles et vivres, l'Endeavour rejoint Batavia, ville hollandaise aux canaux stagnants où la fièvre et la dysenterie s'installent à bord. La traversée vers le Cap de Bonne-Espérance tourne au registre de décès : le chirurgien du bord, l'astronome Charles Green, le maître Molineux et le fidèle Tupaia s'éteignent l'un après l'autre. Cook rentre au port, mais il rentre en deuil, et son journal se clôt sur le Postscript où il songe déjà aux navires de Bougainville et aux découvertes à venir.
Ce volume referme le premier grand voyage de Cook sur l'une des démonstrations majeures de la géographie du XVIIIe siècle : la preuve que la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Guinée sont deux terres séparées par un détroit navigable. La prise de possession de la Nouvelle-Galles du Sud à l'île de la Possession, le 22 août 1770, fonde par ailleurs la revendication britannique sur l'ensemble de la côte est australienne, point de départ de la colonisation qui suivra deux décennies plus tard.
Le texte suivi ici est le journal personnel de Cook, rédigé jour après jour à bord de l'Endeavour, distinct du récit remanié que l'éditeur John Hawkesworth publiera en 1773 pour le grand public. On y lit sans fard le prix humain du voyage : sur les quelque quatre-vingt-quatorze hommes partis d'Angleterre, plus d'un tiers ne reverra jamais son pays, la plupart emportés par les fièvres de Batavia plutôt que par la mer elle-même, contraste que Cook note avec une sobriété saisissante.
Première réécriture intégrale moderne pour le lecteur d'aujourd'hui, qui rend accessible ce récit sans rien trahir du voyage. 20 illustrations originales et des cartes redessinées donnent à voir l'itinéraire, tandis qu'un appareil de repères (glossaire, chronologie, index, pour aller plus loin, note de l'éditeur, postface) et des morceaux choisis du texte original éclairent la lecture.
Journal de bord manuscrit de James Cook à bord de l'Endeavour (transcription diplomatique, National Library of Australia / projet South Seas), couvrant du 16 novembre 1769 au 10 juin 1770.