Août 1777. La Resolution et la Discovery mouillent enfin à Tahiti. James Cook y ramène Omai, ce Raiatéen que Londres s'est arraché pendant deux ans, chargé d'armures, de globes terrestres et de feux d'artifice. Personne, sur la plage, ne lui prête attention. Puis quelqu'un aperçoit ses plumes rouges, et tout bascule.
Suivent six semaines parmi les plus denses de tout le voyage. Cook assiste, deux jours durant, au sacrifice d'un homme sur le grand morai d'Attahooroo, et compte quarante-neuf crânes au pied de l'autel. Il passe en revue trois cents pirogues de guerre rangées devant Oparre. Il voit un peuple stupéfait devant les premiers chevaux qui aient jamais foulé cette terre. Puis, à Moorea, il fait brûler des maisons et des pirogues pour deux chèvres volées, et pèse lui-même le prix de sa rigueur.
Viennent ensuite l'installation d'Omai dans sa maison de Huahine et les adieux en larmes du voyageur tahitien, les désertions de Raiatea où Cook retient en otages les enfants du chef Oreo, et le marché de Bora Bora, où il rachète au vieil Opoony l'ancre perdue dix ans plus tôt par Bougainville. Entre deux escales, le chirurgien William Anderson compose son long portrait de Tahiti : saisons et jardins, langue et remèdes, kava, arioi, atua et royauté, un des documents les plus complets que le XVIIIe siècle ait laissés sur la société tahitienne.
Puis c'est le cap au nord et l'inconnu. La veille de Noël 1777, un atoll désert surgit de l'océan : on y pêche la tortue, on y observe une éclipse de soleil, deux marins égarés manquent y mourir de soif. Trois semaines plus tard, le 18 janvier 1778, deux terres se lèvent à l'horizon et des hommes montent à bord qui parlent la langue de Tahiti, à seize cents lieues de là. Cook les nomme les îles Sandwich. Il ignore encore qu'il y mourra. Le tome s'achève sur la longue remontée vers la côte de la Nouvelle-Albion et le mouillage dans la baie de Nootka, en mars 1778.
Isabelle Perol réécrit ici en français d'aujourd'hui le Livre III de A Voyage to the Pacific Ocean (Londres, 1784), le journal de Cook lui-même et l'essai de son naturaliste William Anderson. Le texte est débarrassé de sa lourdeur d'époque, mais fidèle au fait, à la mesure et au regard des marins : ni résumé, ni abrègement, ni commentaire glissé dans le récit.
Cette édition ajoute une introduction, un appareil de repères (glossaire, chronologie, index, note de l'éditeur, postface), des morceaux choisis du texte original, des cartes d'itinéraire et des illustrations originales qui donnent à voir la route suivie. Troisième des six tomes consacrés au troisième et dernier voyage de James Cook, dans la collection Carnets de Voyages Oubliés. Chaque tome se lit seul.